Volontaire dans une maison d’hôtes au Laos

Ma seconde mission de volontariat au Laos a été une magnifique expérience. J’ai décidé de partager cette histoire au travers d’un entretien avec Alec, qui m’a accueillie sur place. Ce qui a donné deux articles : la première partie de l’interview et la seconde partie. Je me suis rendue compte qu’il me restait beaucoup de choses à raconter, alors nous y voilà. Dernier volet.

On repart au Laos. Dans un petit village nommé Phokham, situé près de Kasi. Kasi est une petite ville que les voyageurs traversent fréquemment puisqu’elle est située sur la route entre deux villes très touristiques, Luang Prabang et Vang Vieng. Mais ça n’est pas encore un lieu prisé par les touristes. Alec et sa famille « d’adoption » y tiennent la maison d’hôtes Nola guesthouse qui accueille des volontaires via le site workaway. J’étais l’un.e de ces volontaires.

Un accueil festif

Je suis arrivée en minivan depuis Luang Prabang. J’avais prévenu l’agence qui m’a vendu le billet de l’endroit où je voulais m’arrêter mais je pistais mon gps, convaincue que le conducteur allait oublier ou n’était pas au courant. Il m’a déposée à l’intersection prévue et je suis allée boire un coup dans le café qui s’y trouvait en attendant mon hôte, Alec. Quand je l’ai appelé pour prévenir que je venais d’arriver, il m’a juste dit que venait me récupérer. J’imaginais donc une voiture puisque j’avais quand même un sac à dos imposant malgré mes efforts pour emporter uniquement l’essentiel. En plus, je ne me sens pas très rassurée à l’arrière d’un deux roues.

Il est arrivé quelques minutes plus tard en moto et sans casque ni pour lui ni pour moi, autant dire que je n’étais pas très à l’aise. D’autant plus que la route était plutôt une piste où il faut zigzaguer pour éviter les trous, bosses et autres poules qui se promènent.

A peine arrivé à la maison d’hôtes, Alec m’a proposé d’aller faire un tour à la fête qui avait lieu un peu plus bas sur la route, devant laquelle on était passés à l’aller. Je lui ai demandé ce qu’ils fêtaient, ce à quoi il a répondu « sûrement un mariage ». Je lui ai alors demandé s’il était invité au moins. « Pas de soucis ! ». On a été très bien reçus. La fête avait lieu en extérieur, avec au centre une sono avec télé pour le karaoké, sport national. Les hommes et les femmes ne se mélangeaient pas, une table pour chacun. Nous avons fait un rapide crochet par la table des hommes, qui étaient déjà assez alcoolisés. Nous sommes ensuite restés du côté de la table des femmes, où l’ambiance était aussi au rendez-vous, mais davantage dans la mesure. On nous servait à manger sans arrêt bien qu’on ait déjà mangé avant. À ce moment-là de mon voyage, j’avais déjà compris qu’il est très mal vu de refuser de la nourriture, par contre on se fiche pas mal qu’on ne touche pas à l’assiette. J’ai pu discuter avec les rares personnes qui parlaient anglais, Alec a traduit d’autres conversations. Il y avait un seul homme à la table, qui parlait très bien anglais. Il travaillait dans le sport et m’a parlé d’une discipline dont je n’avais jamais entendu parlé, un mélange entre le foot et le volley, qui se pratique en Thaïlande.
L’après-midi était très agréable, j’ai dansé avec mes nouvelles amies qui me montraient comment faire. Tout est dans le mouvement des mains. La danse marche plutôt bien pour pallier la barrière de la langue. Court extrait :

Alec a chanté « La bamba » au karaoke. Le choc des cultures. On a fini par rentrer à Nola Guesthouse, où comment passer la première soirée chez mes hôtes avec la gueule de bois.
Petite précision, il ne s’agissait pas d’un mariage au final, mais de l’anniversaire de la mort d’une femme de la famille. A mon sens, c’est une belle manière de célébrer la mémoire d’une personne.

Ce qui m’a marqué c’est les très jolies tenues que portaient certaines femmes. C’était une version plus sophistiquée de la jupe « de tous les jours » qui me plaisait déjà beaucoup. C’est une jupe portefeuille droite, en réalité un long morceau de tissu qu’on s’enroule autour de la taille et qui s’accroche à la taille avec un crochet en métal. Les tissus, en coton ou soie, sont colorés et un peu brillants. On l’appelle le « Sinh » d’après wikipedia encore.

 

Le lieu

Nola Guesthouse a été créée assez récemment, même si je ne saurais pas donner de date. Concrètement, la maison d’hôtes est constituée d’un bâtiment en bois surélevé où se trouvent les chambres en enfilade. Elles donnent sur un long balcon avec vue sur la rivière et les montagnes au loin. Ils ont donc sacrifié leur jolie vue pour l’offrir aux visiteurs. J’étais hébergée dans l’une de ces chambres mais je n’ai pas profité tant que ça de la vue, j’ai préféré passer du temps dans la pièce commune. C’est une grande salle en partie ouverte est reliée à la cuisine. Dans un pays où il fait quasi tout le temps chaud, il est plus agréable d’être dans un lieu aéré. Il y aussi la maison de la famille, en dur et une plus petite, en bois, où vit Alec.

Le jardin
vue du balcon

Mes tâches

Si vous avez lu l’interview de mon hôte, vous aurez compris que le boulot sur place en tant que volontaire est assez difficile à définir. Les volontaires sont invités à venir aider les membres de la communauté. Pas évident à mettre en œuvre au quotidien sur une courte période.

 

Tâches ménagères :

J’ai fait ce qui me paraissait évident spontanément, j’ai aidé avec le ménage et le jardinage. J’ai bien vu que la cuisine est un lieu sacré où il faut mériter son poste même pour couper un oignon. La cuisinière étant très douée, je comprenais qu’elle prenne soin de choisir ses assistants. ET faire la vaisselle m’allait très bien aussi.

 

Un peu de communication :

Lorsqu’Alec a mentionné qu’il voulait quitter les plateformes de réservation comme booking.com et se contenter de diffuser des affiches pour promouvoir le lieu, j’ai saisi l’occasion. Je lui ai proposé de dessiner une affiche sur ordinateur. C’est devenu ma mission principale. J’ai aussi mis à jour son site.
L’impression du flyer a été le plus folklorique. Nous avons été dans deux lieux différents pour imprimer. Les deux avaient en commun d’être recouverts de photos agrandies de leurs propriétaires, notamment des selfies devant miroir dont certaines assez peu subtilement photoshopées. C’est là que j’ai compris que ces lieux devaient servir en priorité à imprimer des photos. On a fini par imprimer un bon nombre d’affiches A5. Pour la diffusion, Alec comptait sur les voyageurs de passage pour en emporter quelques-unes jusqu’à leur destination suivante et les afficher dans des lieux touristiques.

 

Prendre soin des visiteurs :

En dehors de la communication, ma deuxième grande mission était de prendre soin des personnes qui restaient à la guesthouse. Une fois que j’ai eu découvert un ou deux chemins, j’ai fait visiter les environs toute seule à deux clients – devenus amis rapidement – Marga (espagnole) et Ercan (suisso-turc). Mon application maps.me et le chien de la famille qui nous a accompagné sur les petits chemins qui serpentent au milieu des rizières (jusqu’à ce qu’il nous abandonne sans prévenir) ont compensé mon absence de sens de l’orientation. On a donc pu retourner jusqu’au temple que j’avais visité quelques jours plus tôt, assez inattendu dans ce lieu reculé. On a traversé un petit village très rural au retour, que j’avais déjà visité avec Alec . Nous nous étions arrêtés chez une famille qu’il connaît. Une femme venait d’accoucher quelques jours auparavant et pour célébrer l’heureux événement, toute sa famille – sans exagérer au moins 30 personnes – jouaient aux cartes ou cuisinaient aux quatre coins de la maison.

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Au quotidien

C’est « Moustique », la jeune maman, qui cuisinait. Tout était excellent, elle inventait tout un tas de recettes et en avait aussi appris certaines que lui avaient enseigné des voyageurs du monde entier. Je me rappelle notamment de la Shakshuka, plat israélien, excellent. Les grenouilles à la citronnelle du petit déjeuner m’ont aussi marqué pour une toute autre raison. Je dois reconnaître que c’était bon, une fois que j’ai eu le courage d’y goûter.

 

Des rencontres

Alec m’a amenée à pas mal d’endroits, comme au marché du village. Un grand marché très animé, où il semblait connaître pas mal de monde et avait du mal à refuser les verres d’alcool de riz qu’on lui offrait. De retour du marché nous nous étions d’ailleurs arrêtés chez les voisins qui distillent de l’alcool de riz. On a découvert qu’ils venaient d’acquérir le premier ordinateur du quartier.

 

Alcool de riz en cours de fabrication.
Les voisins et leur tout nouvel ordinateur qui regardent une vidéo de Chaplin sur youtube.

En se baladant, Alec me parlait des personnes qu’on rencontrait. On a croisé une famille (3 enfants et la maman) tous sur un scooter avec qui Alec a discuté quelques instants. Il m’a expliqué ensuite que la petite fille était celle dont il m’avait parlé plus tôt. Elle souffrait d’une maladie cardiaque mais le médecin urugayen qu’Alec avait réussi à mobiliser (qui est l’un des survivants du « drame de la Cordillère des Andes » de 1972 ) lui a malheureusement annoncé qu’il aurait fallu la prendre en charge bien plus tôt. Un autre jour, alors qu’on était à Kasi, on a croisé un petit garçon qu’il connaissait. Il venait du village et avait été adopté parce que sa famille était trop pauvre pour s’en occuper. Des d’histoires sur le quotidien dans une autre réalité.
J’ai donc peu à peu compris pourquoi Alec voulait faire venir des étrangers pour « aider la communauté ». Des volontaires restés quelques temps l’ont aidé à mettre des projets en place. Et il a lui-même fait énormément. Il a notamment réussi à plusieurs reprises à faire soigner des enfants atteints de pathologies graves, qui nécessitaient de se rendre dans des hôpitaux étrangers. La TV uruguayenne a même parlé de ses exploits une fois ou deux !

 

De jolies balades

La maison d’hôtes était rarement vide. En 10 jours, il y a eu plus de 10 personnes de différentes nationalités. C’était donc autant de bons moments passés avec les nouveaux-venus et les membres de la famille qui étaient présents.

Un jour, le « Capitaine » nous a emmené visiter son jardin, situé à quelques kilomètres de la maison. Il y a des vaches et des poules, il y fait aussi pousser différentes sortes de fruits, du café et du tabac. Il nous a parlé de son projet d’y construire des logements pour accueillir des touristes.

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L’avant-dernier jour, nous avons visité le fameux « papaya garden » du Capitaine, perché sur une colline. On m’en parlait depuis que j’étais arrivée comme d’un lieu mystique alors j’avais très envie de le voir. Il nous a fallu du courage pour y aller, marcher sur un terrain boueux en pente et traverser des ruisseaux. J’y ai été avec mes baskets de randonnées et des chaussettes hautes mais j’avais des sangsues jusque dans les chaussures, collées au chaussettes en revenant. Autant dire que ceux qui étaient en tongs – en suivant les conseils d’Alec – ont regretté leur choix. Au retour, nous avons fait une petite pause dans une de ces cabanes qui se trouvent dans chaque rizière et discuté avec son propriétaire qui faisait une pause aussi, en admirant la vue.

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En relisant mon carnet de voyage, je me rappelle d’une dernière anecdote. La fille du Capitaine, Séanne, nous avait préparé et pelé un pamplemousse chinois à Marga et à moi pour notre trajet en bus. Une petite attention qui m’avait touchée.

 

Bilan

Une très belle expérience. De beaux moments, des rires, des rencontres et des histoires qui inspirent. « C’était comme des vacances au milieu des vacances. » j’ai écrit dans mon carnet après être partie.

Pour la première fois dans ce pays, j’ai pu passer du temps avec un expatrié qui connait suffisamment la culture pour pouvoir m’en parler avec un point de vue extérieur. En effet, même en échangeant avec des locaux qui parlaient bien anglais, il y avait quelques détails qui m’échappaient, certains codes que je ne parvenais pas à décrypter.

J’ai aussi appris à ralentir là-bas. Le deux premiers jours, je me suis posée des questions, j’essayais de comprendre quelle était ma mission et Alec me répondais simplement d’être « relax ».  C’est quand j’ai suivi ce conseil que tout s’est mis en place au final. C’est un peu ce que m’a appris l’ensemble de mon voyage en Asie du Sud-Est, de prendre mon temps.

Si je vous ai convaincu.e.s d’aller faire un tour dans cette maison d’hôtes (je me suis convaincue d’y retourner rien qu’en écrivant ce post !) et pourquoi pas même d’y donner un coup de main, n’hésitez pas à suivre la page facebook de Nola Guesthouse ! Le profil workaway, le site de mise en relation des volontaires et des hôtes, est accessible ici.

 

Bon voyage !

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