Volontaire dans un centre de permaculture / sanctuaire pour animaux – 2e partie

On repart en Nouvelle-Zélande, dans un lieu dédié à la permaculture et à l’accueil d’animaux abandonnés. J’y ai passé un mois en tant que volontaire nourrie et logée en échange de main d’oeuvre et d’apprentissage de la permaculture. Dans un premier article je vous présentais le projet de Te Paranui.

matin brumeux

Les tâches

 

Les tâches sur place étaient très variées. Il y avait beaucoup de travail, largement plus que ce que j’ai  réellement pu faire mais j’ai quand même eu l’occasion de varier les plaisirs. Voilà une liste non exhaustive :

 

Le jardinage quotidien

  • Ramasser des fruits, légumes, graines et plantes aromatiques. Il y avait notamment du fenouil qui poussait dans un champ voisin. J’ai ramassé les graines une fois séchées. Niveau fruits et légumes, on avait une grosse quantité de concombres, des tomates, courges, poivrons, maïs, choux kale, laitue, roquette, figues, feijoas (petits fruits verts originaires d’Amérique du Sud). On devait peser et répertorier tout ce qu’on ramassait.
  • Tondre au rotofil. Ça fait les bras. Le but de la tonte n’est pas qu’esthétique, il s’agit aussi de séparer les différents lieux de culture, la tonte créerait une sorte de barrière naturelle empêchant les plantes de se propager.
  • Arroser. En prenant en compte les besoins de chaque partie du jardin et en réglant le système d’arrosage que j’ai mis bien 3 semaines à maîtriser tellement il était complexe. Les zones où la terre était la plus à nu, il y a avait besoin d’arroser quotidiennement. La zone en agroforesterie par exemple supportait des arrosages plus espacés. Il s’agissait de sortes d’îlots verts, avec un arbre fruitier au centre et différentes plantes tout autour, de différentes tailles. Le tout était assez dense, ce qui permettait de bien conserver l’humidité.
  • Désherber. Ce qui normalement ne se fait pas tellement en permaculture si tout fonctionne bien. On manquait visiblement de paillage pour recouvrir la terre, ce qui fait qu’on désherbait autour des plants récemment plantés dans les carrés potagers histoire d’éviter qu’ils ne suffoquent, envahis par d’autres plantes. Ensuite, les allées entre les carrés potagers et entre les îlots de la partie agroforesterie étaient recouverts de géotextile et de gravier. Malheureusement, les plantes les plus coriaces arrivaient à passer à travers et s’emmêlaient dans le textile. J’étais heureuse de pouvoir me divertir avec des livres audio lorsque je faisait une tâche aussi ennuyeuse. Mais le résultat final en valait le coup.

 

 

Le jardinage plus occasionnel

  • Mettre des plants en terre. Des semis qui avaient été faits dans des bacs et ceux qui s’étaient semés seuls au milieu des allées.
  • Retourner les piles de compost et empêcher le chien de tout mâchouiller. Il y avait deux grands tas de composts dans des “cages” en palettes. On m’a dit “ce qui est à l’extérieur doit terminer à l’intérieur et ce qui est dessus doit terminer dessous. » C’était une tâche un peu physique mais indispensable pour que le compost se fasse bien.
  • Faire et refaire l’enclos des cochons. L’enclos consistait en une petite clôture électrique, on lui faisait prendre la forme des futurs coins potagers et les cochons se charger de labourer, désherber et fertiliser. Une fois les cochons déplacés dans un nouvel enclos, on retournait un peu la terre et on enlevait les mottes d’herbes qu’il restait, on mettait du fumier, de la paille, puis on semait. On a semé selon un schéma de « quadrillage », des blettes, oignons, betteraves, radis et panais.

 

Les jours de pluie

  • Revaloriser les déchets. C’était une activité de jour de pluie parce qu’elle se faisait à l’abris dans le garage. On prenait soin de trier tous les déchets générés en les considérant comme des ressources. Les emballages plastiques sec et propres servaient d’isolant. On les tassaient dans des briques alimentaires qu’on refermait avec du scotch. Ça devrait servir pour former les murs d’une prochaine construction. On découpait aussi le fond de boîtes de conserve pour en faire des petites protections pour des plants récemment mis en terre.
  • Faire du kombucha. On faisait fermenter plusieurs litres de thé noir avec une sorte de champignon appelé kombucha. Le processus se faisait en plusieurs étapes et nous ajoutions des fruits dans les bouteilles avant la dernière fermentation afin de donner du goût. Ça donne une boisson pétillante très légèrement alcoolisée et paraît-il pleine de bienfaits.
  • Faire des conserves de fruits et des confitures. Une bonne idée pour pouvoir consommer des fruits tout au long de l’année.
  • Faire sécher des choses. Grâce à la machine que nous avions, tout était séchable ! Pommes, tomates, aromates. Si on peut le cueillir, on peut le sécher.

 

Les autres tâches

  • Cuisiner. Le midi à tour de rôle, ça faisait partie des 5 heures de travail quotidien.
  • Soigner les animaux. On donnait des compléments alimentaires aux chevaux deux fois par semaine. Et le “jeu” c’était de donner sa part à chacun sans que les autres animaux ne viennent manger ce qu’il y avait dans le seau. Je n’ai pas toujours remporté la partie. Un des chevaux, vieux et aveugle, avait besoin de soins spéciaux. Je lui nettoyais et désinfectais les yeux régulièrement. Je n’étais pas très rassurée à proximité des chevaux avant, ça m’a permis de faire la paix.
  • Manager les autres volontaires . Qui ne sont pas venus pour la plupart.
  • Préparer la chambre en location avant que les clients arrivent et le nettoyer quand ils sont partis. On devait suivre des instructions strictes pour nettoyer, ça se faisait avec des gants microfibres sans produits ménagers. On faisait sécher les draps dehors et il fallait les surveiller de près pour qu’ils ne s’envolent pas avec le vent furieux de cette région.
  • Chercher Pepa le cochon fugueur.
  • Vider les toilettes sèches. Une tâche nécessaire. Il s’agissait de vider le sot dans le compost spécial. C’était un compost avec un système de drainage pour tâcher d’assécher le tout. Et même si on mettait des copeaux de bois dans le seau des toilettes pour absorber les liquides, le toit des toilettes ayant des fuites, le seau se remplissaient de pluie. Ça n’arrangeait pas le problème de l’odeur. Un système à perfectionner donc.
  • Empiler du bois de chauffage en extérieur pour qu’il sèche pendant qu’il fait beau puis tout rentrer dans un abri la semaine où le temps est pluvieux. Un travail digne de Sisyphe.

 

 

Les à-côtés

 

Pas beaucoup de temps libre

Je n’ai pas visité les environs autant que ce j’aurais voulu. Mais heureusement que j’avais une voiture. Le terrain est situé au bord d’une route très passante et il n’y a aucun moyen de locomotion possible à part le stop.

On commençait à travailler tard le matin puisqu’on attendait que Danny, employé du lieu, arrive pour prendre le petit déjeuner. On consacrait au moins 2 heures à chaque repas et même si les discussions étaient sympas, les 5 heures de travail s’étalaient dans la journée. On se retrouvait à être enfin libre en fin d’après-midi, après avoir travaillé pendant les heures les plus chaudes. J’ai fini par remédier à ça en me levant plus tôt pour travailler une bonne heure avant le premier repas.

Dans la description de la mission, il était précisé que les volontaires ne pouvaient pas rester le week-end, ce qui m’avait fait hésiter à postuler. Il s’est avéré que c’était l’inverse, j’ai été obligé de rester durant deux week-end où j’aurais bien aimé faire autre chose. Et durant le week-end où j’aurais pu partir, il pleuvait tellement que j’ai décidé de rester. Il y avait besoin au moins d’une personne sur place en permanence pour nourrir les animaux et arroser.

 

Des choses à voir

Malgré tout ça, j’ai pu aller me balader sur la côte de temps en temps. J’avais la chance de me trouver dans une région où l’on trouve des merveilles naturelles. Comme les Marlborough Sounds, des montagnes qui plongent dans la mer. Je suis aussi sortie certains soirs dans la ville voisine de Blenheim, pour boire un verre ou aller au cinéma. Et en profiter pour manger et boire des choses interdites sur le lieu de volontariat, comme du fromage et des bières !

J’ai aussi passé du temps avec Rebecca, la voisine. Elle est médium. Elle fait ses séances à distance depuis chez elle et lit des livres en live sur facebook. J’ai beau être sceptique face à ce genre d’activité, ce qu’elle fait a l’air de faire plaisir à des personnes qui en ont besoin. Elle a réussi à rassembler une petite communauté sur facebook. Je me suis occupée de son chien de temps en temps, il a le train arrière en partie paralysé et il faut le motiver à se déplacer régulièrement. On s’est bien entendu aussi.

 

 

Bilan

 

Je n’ai pas apprécié cette expérience tant que ça mais en relisant mon carnet de voyage, je vois qu’à la fin du séjour je m’y sentais bien. Même si je me soupçonnais d’être atteinte d’une sorte de syndrome de Stockholm.

Je trouve que ce projet est un concept bancal car la surface à cultiver nécessite une main d’oeuvre plus importante que celle qui s’y implique en réalité. Visiblement, comme les bénévoles étaient obligés de quitter le lieu après avoir terminé leur semaine de travail le vendredi après-midi, ils avaient tendance à ne rester qu’une seule semaine, à peine le temps d’être formés.

Je n’ai pas vraiment compris la motivation derrière la mise en place de ce lieu, la propriétaire n’y vit pas, ne s’y rend même pas tous les jours et ne passe pas beaucoup de temps avec les volontaires. D’ailleurs, je trouvais l’échange entre volontaire et hôte bancal. Le volontariat n’est pas seulement de la main d’oeuvre contre le gîte et le couvert, ça demande aussi un investissement affectif de la part de chacun. D’habitude, on prend le temps de se connaître, l’hôte prend par exemple du temps pour faire visiter les alentours et intégrer les volontaires dans sa vie quelque part.

J’ai néanmoins apprécié passer du temps seule sur place. Déjà parce que j’ai fait de bonnes rencontres, mais surtout parce que j’ai appris à ralentir, à prendre le temps d’observer le jardin, les plantes et à tisser des liens avec les animaux. Je n’étais pas très à l’aise avec les chevaux jusque-là par exemple. Et j’aimais avoir ces responsabilités. les premiers temps après être partie, ça m’a manqué de ne pas avoir quelque chose à arroser ou nourrir chaque matin.

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