Volontaire dans un centre de permaculture / sanctuaire pour animaux – 1e partie

Lors de mon séjour en Nouvelle-Zélande, j’ai été volontaire dans un lieu qui abrite un potager en permaculture et recueille des animaux abandonnés, près de Picton, tout au Nord de l’île du Sud. J’ai pu y apprendre quelques petites choses sur la permaculture et passer du temps avec des animaux adorables. J’ai aussi dû m’adapter au fonctionnement strict et un peu particulier. Je vous raconte.

 

 

J’ai pas mal hésité à postuler pour cette mission sur le site workaway. J’avais très envie d’apprendre et de pratiquer la permaculture, c’était un de mes objectifs durant ce voyage, mais certains points de l’offre ne me plaisaient pas. Par exemple, les volontaires ne peuvent rester que du dimanche soir au vendredi après-midi, alors qu’en général, il est plutôt proposé de rester les week-ends. Ça me paraît être une compensation raisonnable en échange de 25 heures de travail dans la semaine. Mais la Nouvelle-Zélande est très prisée des voyageurs à long-terme et beaucoup font du volontariat, beaucoup plus il me semble que dans des pays au niveau de vie plus bas. J’ai donc eu des choix assez limités au niveau des missions, les hôtes que je sollicitais me répondaient qu’ils étaient déjà complets, même en envoyant mes demandes parfois des semaines à l’avance. J’ai finalement proposé mes services pour cette mission à Te Paranui et j’y ai passé un mois.

 

L’arrivée

 

On m’a demandé d’être là un dimanche entre 18h et 20h, pourtant personne n’était là pour m’accueillir. Je suis allée me présenter auprès des autres volontaires présents qui m’ont montré le lieu et expliqué les règles de base. Le lendemain matin, la propriétaire des lieux, qui se fait appeler Maia et vit à 5km de là, donnait un cours de yoga. Ça se passait dans une yourte en compagnie de ses autres élèves, c’était un moment très agréable. Les volontaires étaient invités à s’y joindre chaque semaine.

Le premier jour, j’ai aussi rencontré Danny, seul employé du projet. Il est spécialisé dans la permaculture et a pour rôle, en plus de mettre en place le potager, de coordonner les volontaires. Les débuts n’ont pas été très faciles entre nous. Je lui posais des questions au sujet des différentes règles à respecter parce que j’avais envie de saisir le concept du lieu et je ne comprenais pas qu’il refuse d’y répondre. J’ai fini par supposer qu’il ne savait sûrement pas plus que moi pourquoi elles étaient en place.

La première semaine, tous les volontaires étaient venus spécialement pour se cultiver sur la permaculture (: . Danny étant passionné par le sujet, nous avons pu avoir des conversations très intéressantes. Il nous a expliqué les décisions qui l’ont amené à mettre en place les différents lieux de culture sur le terrain et nous a montré les plans qu’il a dessinés pour prévoir le développement du lieu durant les prochaines années.

La yourte de yoga avec la maison pivotante de Maia en arrière-plan

Le projet

 

C’est un projet qu’il n’avait qu’un an au moment où j’y étais. L’objectif était de mettre en place un jardin en permaculture et de faire vivre le refuge pour animaux.

En permaculture, il s’agit de cultiver fruits, légumes et plantes aromatiques en créant un mini écosystème, où l’intervention humaine (planter, arroser, désherber, etc.) est réduite au minimum. Des plantes s’entraident pour pousser et pour faire barrage à des plantes invasives. Ce concept va plus loin que des techniques de jardinage puisqu’il inclut aussi l’environnement et l’humain. On met tout en oeuvre pour respecter l’environnement naturel, utiliser consciencieusement ses ressources et même l’enrichir. Enfin on s’efforce de recréer une société qui respecte un équilibre social et permet aux personnes de se sentir bien tout simplement.

 

Le jardin

Le terrain est immense mais au moment où j’y étais, seule une petite partie était exploitée. Il s’agit de la partie collée à l’autoroute malheureusement pour mon confort auditif. Beaucoup de choses avaient été mises en place en seulement un an : un potager composé de massifs rectangulaires plus ou moins surélevés; un coin agroforesterie où différents “îlots” ont été créés avec des arbres fruitiers au centre et différentes plantes potagères complémentaires autour, une spirale aromatique, une petite serre abritant principalement des tomates et un coin “nurserie” pour faire des semis. Il y avait aussi d’autres choses essentielles comme un grand garage à outils et bazar, deux composteurs (déchets organiques et toilettes sèches) et un mini composteur permettant de récupérer le “jus” de vers de terre.

Le projet de développement futur était d’assécher les parties marécageuses du terrain plus en amont pour former des petits bassins et rendre davantage d’espace cultivable.

 

 

 

 

Le sanctuaire pour animaux

Quelques animaux recueillis habitaient ce sanctuaire. On avait séparé les “grands” (ânes, alpagas et chevaux) des cochons. On déplaçait régulièrement les grands animaux d’un enclos à l’autre pour qu’ils aient de quoi manger et qu’ils raccourcissent l’herbe. On fabriquait de plus petits enclos mobiles pour les cochons. Leur boulot était de retourner la terre, de la débarrasser des plantes et racines pour qu’on puisse planter ensuite. Ils faisaient du bon travail jusqu’à ce qu’ils réalisent qu’il suffit de piétiner leur petite clôture électrique pour s’échapper. On a alors passé pas mal de temps à jouer au chat et à la souris avec Pepa (Pig). Les grands animaux partageaient un de leurs enclos avec des ruches, gérées par un apiculteur extérieur et placées un peu trop près du jardin à mon goût.

 

 

Le voisinage

Sur le terrain, il y a aussi une maison qui servait en partie de bureau administratif et dont l’autre partie accueillait une locataire, Rebecca, médium de profession et son chien handicapé dont je me suis occupée de temps en temps. Enfin, un petit appartement avec deux chambres et une salle de bain était à louer à la nuit.

 

Les lieux de vie des volontaires

Côté nuit, il y avait un dortoir qui pouvait accueillir 4 volontaires et la partie avant d’un bus qui avait été réaménagée en chambre pour une personne. Le reste du bus était une sorte de salon qui était accueillant une fois qu’on y a eu fait le ménage, mais qui atteignait bien les 35°C les après-midi ensoleillés. Il y avait aussi une salle de bain, dans laquelle on n’avait le droit de prendre de douche que 3 fois par semaines (ce qu’on apprend une fois sur place) et des toilettes sèches. Tout était assez sale quand je suis arrivée, excepté la cuisine, un bâtiment tout neuf aussi destiné aux cours de nutrition que donne Maia.

Le temps de ménage ne pouvait pas être compté sur le temps de travail. Je comprends bien qu’en arrivant le dimanche soir, puis en enchaînant 5 jours de travail sans jour de repos, les volontaires trouvent difficilement le temps de faire du ménage. On a finalement pu faire du ménage “sur le temps de travail” un jour de pluie et rendu les lieux de vie praticables.

Les premiers temps, j’ai eu dû mal à m’habituer aux nuisances : l’autoroute très passante à deux pas et les souris dans ma “chambre”, le bus. J’ai donc déménagé dans ma voiture mais les souris m’ont rattrapée, ce qui fait que j’ai fini par dormir dans la cuisine. On m’a finalement proposé d’aller dans le dortoir. Il y avait aussi des souris, mais j’étais sur un lit en hauteur et elles ne savaient heureusement pas monter au mur ni à l’échelle du lit.

 

 

L’économie des ressources

Dans un souci de réduire notre impact sur l’environnement, les courses étaient faites en vrac dans la mesure du possible et une – superbe – machine permettait de fabriquer notre propre farine. Le projet s’efforçait aussi d’être « zéro déchet », c’est à dire que tout ou presque était revalorisé :
– Mulch (le paillage que l’on met sur les plantes) : restes d’oignons, d’ail et d’aromates
– Compost long terme : mouchoirs en papier, papier, carton, thé, agrumes, céleri, feuilles de rhubarbe
– Cochons : Toutes les épluchures et la nourriture en train de pourrir
– Recyclage propre et sec : briques alimentaires, boîtes de conserve, plastiques, papier et carton contenant de l’encre. Tout est réutilisé : on coupe le haut des boîtes de conserve et elles servent d’abri contre les nuisibles pour les jeunes plants. Le plastique et papier est tassé sans les briques qui seront ensuite utilisées comme vraies briques pour construire un futur bâtiment.
– Marc de café : dispersé sur des plantes gourmandes en azote. À Te Paranui, il s’agit d’arbustes fruitiers tel que le cassis.

 

 

La vie quotidienne

 

Au quotidien, je dois avouer que tout s’est un peu passé comme je l’avais imaginé/craint. J’ai adoré passer du temps à travailler dans le jardin et avec les animaux. J’ai aussi eu des difficultés avec toutes les règles à respecter, dont certaines me paraissaient absurdes.

 

Du temps pour moi

J’ai passé les deux premières semaines en compagnie d’autres volontaires et les deux dernières quasi seules. J’ai notamment remplacé Danny durant ses congés. Au passage, j’ai dû rendre des comptes chaque jour auprès de la propriétaire comme une vraie employée (gratuite). Mais la ferme n’étant pas sa première préoccupation, j’ai tout de même eu beaucoup de temps pour moi. J’ai apprécié la compagnie des autres volontaires mais me retrouver seule m’a aussi permis de m’organiser comme je le voulais, je me sentais plus à l’aise à passer du temps avec les animaux et au milieu du jardin. J’ai un peu expérimenté ce que c’est de vivre seule “à la ferme” et ça m’a bien plu.

Les professionnels de la permaculture disent que l’observation est une chose essentielle. J’ai passé du temps à étudier la manière dont chaque coin du potager avait été imaginé, quelles plantes cohabitent le mieux, comment elles occupent les espaces, lesquelles se ressèment facilement. J’ai découvert que les ânes sont des animaux très joueurs et affectueux, un peu comme de gros chiens un peu têtus. J’ai même fini par trouver les chevaux beaucoup moins effrayants que ce que je pensais. Par contre, il m’aurait fallu quelques mois supplémentaires pour réussir à apprivoiser un minimum les alpagas, ils avaient tendance à garder leurs distances et à s’efforcer de gâcher mes photos :

 

Une organisation assez stricte

On nous demandait de signer un contrat en arrivant. Le deal : 5 heures de travail par jour du lundi au vendredi. Il y avait aussi pas mal de règles à respecter, concernant principalement l’alimentation : ce qu’on avait le droit d’amener, de manger et de cuisiner sur place. On avait un planning des recettes à préparer pour chaque petit-déjeuner et déjeuner de la semaine.

Il y avait des choses qui me paraissaient assez incohérentes. On mangeait végétalien et je pensais qu’on excluait les produits d’origine animale pour protéger l’environnement. Mais certains des aliments qu’on utilisait en grande quantité avaient parcouru la moitié du globe pour arriver dans cette cuisine, comme le lait de coco, les noix de cajou ou le sirop de riz. Pourtant on faisait tout pour économiser les ressources naturelles sur place et beaucoup d’aliments étaient remplaçables par des aliments locaux. La seule réponse que j’ai eu concernant ce sujet est “tu es bien venue en Nouvelle-Zélande en avion”.

Pour avoir le droit d’être invitées à partager un repas avec nous, les personnes extérieures devaient travailler pendant 2 heures sur le lieu. Et pas de dérogation possible même pour un voisin, propriétaire d’une ferme qui accueille aussi des volontaires, qui était venu nous offrir des kilos de poires et de pêches dont on a fait des conserves.

 

La journée de travail

Une certaine liberté était laissée aux volontaires concernant l’organisation du travail. On avait connaissance des tâches qui avaient besoin d’être faites dans la journée et la semaine et chacun s’organisait.

Les repas étaient des moments d’échange conviviaux. Le midi, il arrivait qu’on se permettre de dévier des recettes au programme, l’occasion de découvrir de délicieuses recettes de co-volontaires étrangers. Un livre était d’ailleurs rempli de recettes laissées par d’anciens volontaires venus d’un peu partout dans le monde.

 

La suite prochainement ! Je vous parlerai du travail sur place et des lieux que j’ai explorés pendant mon temps libre.
Désolée, mes publications s’espacent mais j’ai un sac à dos à préparer pour mon futur voyage en Amérique du Sud…

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