Rencontre : Une famille bordelaise pour les voyageurs

C’est en voyageant que j’ai commencé à m’intéresser au volontariat, je cherchais donc  des offres uniquement à l’étranger. Une fois rentrée, par curiosité, j’ai regardé ce que proposaient les hôtes autour de moi et j’ai découvert que la pratique est très répandue en France. Des milliers de fermes biologiques, éco-projets, associations ou toutes autres personnes et types de structures accueillent des volontaires. Avant de repartir en voyage, j’ai décidé de rencontrer des hôtes qui se trouvent près de chez moi, Bordeaux.

 

Parmi les 427 missions de volontariat proposées en Aquitaine.

La famille Le Moller propose de recevoir des volontaires via le site workaway.info, qui met en relation hôtes et volontaires via des annonces publiées par les hôtes. Elle demande un coup de main au niveau des tâches ménagères et d’échanger en anglais avec leurs fils. J’ai eu envie de savoir comment une famille ordinaire en est venue à choisir de proposer à des étranger de partager leur intimité le temps d’une mission.

Je leur ai envoyé un mail pour leur parler de mon projet de blog et de cette interview. Quelques jours plus tard, je leur rendais visite. Une jolie maison dans une impasse au cœur d’un quartier résidentiel, pas si proche de Bordeaux pour quelqu’un de non motorisé mais largement accessible en bus pour les volontaires.

 

Corinne, Yannick, comment en êtes-vous venus à accueillir des volontaires ?

« Recevoir des volontaires, ça ouvre l’esprit, un peu comme en voyage. On voyage un peu avec quelqu’un qui est à la maison. » Ils aiment voyager, ils ont vécu deux ans à Singapour tous les deux et ont toujours essayé de faire voyager leurs enfants au maximum. Ils ont déjà reçu une fille au pair anglaise durant un été et sont toujours en contact avec elle aujourd’hui.

Ils ne connaissaient pas workaway il y a peu. Tout s’est fait grâce à l’aîné de leurs deux fils, qui fait ses études à Nancy, en prépa d’ingénieur dans une école européenne. Dans le cadre de ses études, on lui demandait de vivre une expérience à l’étranger, en plus des stages. Workaway faisait partie des pistes que l’école lui avait donné pour pouvoir partir.
« Il s’est inscrit et on a cherché pour lui sur le site de workaway. En se baladant sur le site on s’est dit que c’était vachement bien. Dans la foulée on a mis une annonce. »

 

Comment s’est passé l’expérience pour lui ?

« Il est parti en Angleterre en juillet, au moment où on recevait une volontaire justement. Il a été dans le Deven, dans une ferme qui fait chambre d’hôtes. Il s’occupait de faire du bricolage, aprèsdu rangement, un peu de tout dans la ferme. Il y avait une ambiance cool avec ceux qui travaillaient sur place. » Ça lui a plu mais Corinne trouve qu’on lui en demandait trop, 5h de travail par jour, essentiellement du travail physique.

 

Est-ce qu’on lui a demandé davantage que ce qui était prévu?

Non mais il a travaillé dur, et Corinne trouve que c’est là qu’on s’approche des limites de ce genre de système. Notamment dans l’hôtellerie, où beaucoup d’établissements ne fonctionnent qu’avec des volontaires.
« Quand Alexandra est venue cet été, on avait à cœur de lui faire découvrir la région et la culture française. Elle est venue parler anglais avec Titouan (leur plus jeune fils) aussi. On l’a amenée partout, faire du bateau, visiter des caves. Kilian (en Angleterre), a été invité à des soirées mais se débrouillait seul pour visiter les alentours pendant son temps libre. » Ils pensent que l’accueil de volontaires convient mieux à des familles et en général à des personnes qui ont du temps à consacrer à chaque volontaire. Yannick dit que Kilian était quand même ravi, et qu’au final tout le monde a trouvé son compte puisqu’il a pu passer du temps à l’étranger.

 

Yannick, Titouan et Corinne

 

Quelle type de missions proposez-vous aux volontaires que vous recevez?

Ils ont reçu une seule volontaire, Alexandra, de Russie. Elle est restée trois ou quatre semaines durant l’été 2017. « On n’avait pas franchement d’idée parce qu’on a déjà une femme de ménage. On lui a fait nettoyer le portail, les volets et deux trois petites choses. Elle était gênée de rien avoir à faire au début et réclamait du travail, on lui a donc trouvé ces petites activités. »
Pour eux, le principal était qu’elle parle au quotidien avec leur fils Titouan en anglais. Ils ont notamment été se balader tous les deux à Bordeaux. « On lui laissait une liberté totale, elle pouvait choisir d’aller visiter ce qu’elle voulait seule ou avec nous. Elle a été à Saint Emilion et à Bayonne. Elle a visité la ville de Bordeaux, avec quelqu’un rencontré sur internet, qui se proposait de lui faire visiter. On a découvert que ça existait. Et on lui proposait de venir avec nous, ça lui permettait de faire des choses différentes. On lui a montré la région, châteaux, dune du Pilat, etc. On a essayé de lui faire découvrir la région avec le temps qu’on avait hors du travail et elle nous parlait de son pays. C’était très intéressant. Il y a un fossé entre ce qu’on imagine de la Russie et la réalité. Elle avait conscience des différences de comportements qu’il pouvait y avoir entre elle et nous. Ce qui fait qu’on a beaucoup appris sur la façon de vivre et l’état d’esprit russe. Elle a aussi cuisiné un repas russe et acheté tous les ingrédients elle-même. Difficile de connaître ce genre de choses en regardant un reportage ou en lisant un article. »

 

Comment s’est passé la mise en contact avec Alexandra ?

Ils se sont inscrits sur le site en avril 2017 et c’est la première qui a postulé, peu de temps après. Ils ont discuté sur skype et le courant est bien passé, ça s’est fait simplement. Elle est arrivée deux mois après les avoir contacté, directement de Russie pour cette mission. Et lorsqu’elle était chez eux, elle a trouvé sa mission suivante, en Espagne. « On a reçu d’autres propositions ensuite, des profils très variés, même un Monsieur de 65 ans. »

 

Extrait du profil des Le Moller sur Workaway

 

Niveau législation, avez-vous dû faire des démarches particulières pour pouvoir accueillir cette volontaire ?

Ils hésitent. « On s’est posé la question. Notre assurance nous a dit que la responsabilité civile la couvrait tant qu’elle était chez nous. » Ils apprécieraient cependant de pouvoir trouver des conseils détaillés à ce sujet sur les sites mettant en relation volontaires et hôtes.
Il s’agit d’une relation de confiance avec les volontaires, pour eux pas besoin de contrat. Ils essayent de laisser un maximum de temps libre, ils pensent que ce n’est pas forcément la logique de tous les hôtes, les organisations par exemples (entreprises, associations).

 

Avez-vous fait du volontariat personnellement dans votre vie ?

Corinne a donné des cours de natation bénévolement pendant une année lorsqu’elle était étudiante. Elle aurait aimé en faire davantage mais trouve que lorsqu’elle était jeune, la mise en relation entre les personnes était différente. Sans internet tout fonctionnait avec le bouche à oreille. Ils disent que s’ils avaient 20 ans aujourd’hui, ils se lanceraient certainement dans le bénévolat.

 

Maintenant que le volontariat est devenu plus accessible, est-ce que vous proposeriez vos services lors d’un voyage ?

La réponse est catégorique : pas du tout, pour eux les vacances c’est pour se reposer. Lorsqu’ils partent en vacances, ils ne s’imaginent pas vivre avec une autre famille, pour eux les vacances sont l’occasion de se retrouver. Ils cherchent aussi des vacances sans aucune contrainte. Mais ils ne seraient pas contre l’idée dans le futur, au moment de la retraite par exemple.

 

Comptez-vous accueillir de nouveaux volontaires à l’avenir?

« Oui c’est certain, mais on veut être sûrs de pouvoir les recevoir correctement. Comme notre fils le plus âgé n’est pas là, on a de la place. Et même si on travaille la journée, il y a des vélos à disposition, et des lignes de bus. »

 

 

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