Rencontre : Alec, laotien d’adoption – 2e partie

Retour au Loas, dans le Nord du pays, près de la ville de Kasi, où j’ai passé une dizaine de jours comme volontaire dans la maison d’hôtes Nola Guesthouse. J’ai décidé de retranscrire un petit entretien avec Alec, mon hôte.

Nous sommes au bord de la route, généreusement accueillis sur la terrasse ombragée de la famille qui habite en face de l’arrêt de bus virtuel. Le bus qui doit m’emmener à ma prochaine destination a déjà une heure de retard mais on m’assure que si, il va passer. Il y a aussi Margarita dite Marga avec nous, elle est restée quelques jours dans la maison d’hôtes et nous partons le même jour, ce jour-là. Elle m’a d’ailleurs donné un coup de main pour cette partie de l’interview.

Pour accéder à la première partie de l’interview, c’est par ici.

Alec et sa famille « folle ». C’est lui qui le dit 🙂

On continue l’interview :

 

Qu’est-ce qui a changé dans ta vie et dans celle de la famille quand vous avez décidé de recevoir des volontaires ?

Alec : Quelle question profonde ! Tout est en changement constant, non ? On fait ce qu’on a à faire. (Hagamos lo que hagamos en VO). Par exemple avec ton exemple, tu m’as aidé et je t’ai aidé et en plus j’ai gagné une amitié. Et pas seulement pour moi mais aussi pour ma famille.

 

Comme on a l’air d’avoir plus de temps que ce que je pensais, on peut repartir sur les premières questions que j’avais prévues. Peux-tu te présenter ? Comment est-ce que tu veux que j’écrive ton portrait ?

Marga : Présente-toi en 140 caractères.

Alec : Tu veux connaître mon nom complet ? Alejandro Rodrigo Carasco Cuello Montana Mar Sozas Cuadros Castro.
(Je l’accuse d’en avoir invité une partie, mais il le répète trois fois de manière identique. Si c’est du bluff c’est bien joué.)
Je suis parent avec Fidel Castro.
Il s’approche du micro pour dire que tous ceux qui veulent venir sont les bienvenus mais qu’il doit les avertir, sa famille est complètement folle.

Pendant qu’on discute, la vie du village suit son cours.

Moui, qu’est-ce que tu faisais avant de venir t’installer ici ?

Alec : J’ai voyagé dans plein de lieux et j’aurais adoré continuer à voyager mais d’une certaine manière ce lieu m’a piégé ! Et maintenant je sens que je ne peux aller nulle part ailleurs. Je suis malchanceux en réalité.

 

Mais en réalité tu continues à voyager.

Alec : Oui, il y a des personnes de plein de nationalités différentes qui viennent ici et c’est un peu comme continuer à voyager. Comme l’a dit Mahomet « si tu ne peux pas aller à la montagne, la montagne viendra à toi. » Quelque chose comme ça, non ? Quelles questions profondes !

Non, seulement les réponses.

Alec : Tu enregistres toujours?

Oui

Alec : Une fois, un garçon est passé par là, un hindou. D’Inde à proprement parler. C’était le neveu de Gandhi, chauve et avec des lunettes, le même. Et donc, il m’a posé la même question que toi « tu as voyagé dans de nombreux lieux ? ». Je lui ai répondu, « Oui, mais pas autant que ce que j’aurais voulu .» Et il me demande « Et pourquoi ? » Je lui ai répondu « parce que ce lieu d’une certaine manière m’a piégé.» Il m’a regardé et m’a dit « mais c’est bien d’être piégé par un lieu . » Et ça m’a fait réfléchir, parce que ce lieu, pour moi, me donne un certain sentiment d’appartenance. Pas physiquement ni matériellement, mais spirituellement.

Peut-être qu’on voyage parce qu’on n’a pas trouvé le « bon » lieu.

Marga : Tu n’es pas malchanceux, tu as beaucoup de chance…

Alec : Oui, mais j’attends qu’une personne comme toi reste ici pour que je puisse voyager. Et après je t’enverrai une carte postale d’Hawaï ou des Bahamas.

 

Tu étais au Vietnam le mois dernier, ce n’est pas voyager ?

Alec : Oui, j’ai été rendre visite à mon oncle à Hô Chi Minh.

Visite des environs avec un couple d’italiens hébergés dans la maison d’hôtes quelques jours plus tôt.

Une anecdote spéciale liée à un volontaire ?

Il y a plein d’histoires, comment résumer? Mais le dernier est toujours le meilleur.

 

Alors Anne-Sophie ?

(Il s’agit d’une française arrivée la veille comme volontaire. Elle avait l’air perdue face à l’absence totale d’explications sur ses futures tâches et horaires. J’étais dans la même situation au départ mais je ne suis pas certaine d’avoir réussi à la rassurer.)

Anne-Sophie pour le moment ne m’impressionne pas avec son « madrugon » (à traduire par capacité à se lever tôt) mais on va lui laisser une seconde chance à cette jeune fille, (C’est du second degré je précise.) je ne suis pas comme le japonais.

On rit.

Marga : Ça, ça t’a marqué hein?

Alec : Me tramo ! (Je ne sais pas trop comment traduire ça.) À 7 heures du matin précises jusqu’à 9 heures précises pour petit déjeuner et à midi pour manger. Après on faisait une petite sieste et à 1h30 ou 2h, à travailler ! Il était déjà à taper à la porte et « à travailler! ». « Écoute, on doit travailler » il me disait le japonais . « Tranquille, tranquille ! On a déjà suffisamment travaillé, non ? ! ».

Marga : Tu peux raconter une histoire qui t’a marqué avec un volontaire de workaway ?

Alec : Une expérience ?

Marga : La première que tu as en tête.

Alec : La première ? C’était Pauline, une fille de Suisse, elle se levait très tard alors on l’a rebaptisée la Belle au bois dormant. On a été à un mariage et malheureusement quelqu’un lui a volé son téléphone. Elle a été très triste durant 3, 4 ou 5 jours. Et plus tard quand elle est partie elle a écrit (dans le livre d’or) « j’ai perdu mon téléphone, mais mon cœur s’est empli de bonheur, d’amour, d’harmonie, etc . » Donc la belle au bois dormant a laissé une marque parmi les autres.

 

Quelque chose à ajouter ?

Alec : Ne me fais pas trop de pub avec les étrangers, tu sais que la philosophie ici c’est de garder un certain équilibre. Ne m’envoie pas une délégation de 450 chinois en même temps. Mais si tu croises Jackie Chan, embrasse-le de ma part. Que tu profites de la Nouvelle-Zélande et que tu reviennes !

Dernière photo avant le départ. Attention les couleurs de nos vêtements peuvent irriter les yeux.

Conclusion

L’histoire du vol de portable est sans doute la pire anecdote possible, il m’en a raconté beaucoup d’autres, aux fins bien plus jolies. Mais le livre d’or c’est sa fierté, chacun y écrit dans sa langue pendant son séjour. Ensuite c’est comme un jeu, il faut qu’il attende de recevoir une personne qui sera capable de le lui traduire. On y trouve tous types de nationalités, mais comme le bouche à oreille fonctionne bien pour attirer du monde et que les hispanophones ont une certaine tendance à sympathiser entre eux, il a accueilli beaucoup de latinos et espagnols.

Marga laisse un petit mot dans le livre d’or.

Ah quel beau séjour j’ai passé là-bas. J’aurais aimé rester davantage. Et je ne vous ai pas encore parlé de la fête où j’ai été invitée dès mon arrivée. De nos visites au marché où on nous offrait des shooters d’alcool de riz de bon matin. Du grand-père qui, sous ses airs angéliques, trichait au Uno alors qu’il avait appris à y jouer quelques minutes auparavant. Il y aussi eu la visite du champ de café, de la plantation de papayes infestée de sangsues et puis le rat qui a mangé une partie de mon sac à dos. Et plein de très belles rencontres et de découvertes de traditions. Allez, je vous raconte tout ça dans un troisième article !

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