Récolte de champignons dans la ville de la cerise en Argentine

Après quelques semaines à supporter le froid de la Patagonie chilienne, j’ai pu profiter de la douceur du micro climat de Los Antiguos. J’ai été accueillie chez Walter et Paola qui se sont récemment lancés dans la culture de pleurotes, entre autres activités.

pleurote sur une table en bois
Champilove


Los Antiguos, capitale de la cerise


Los Antiguos c’est un peu une oasis dans la Patagonie argentine désertique. Le village de 6000 habitants est situé au bord du lac Buenos Aires, creusé par un glacier. Le deuxième plus grand lac d’Amérique du Sud après le lac Titicaca. Contrairement aux lieux que j’ai découverts juste en face au Chili, à Los Antiguos il fait doux et il ne pleut quasiment pas, 40 mm par an d’après mon informateur (Walter, mon hôte). Par contre il y a du vent, beaucoup de vent et de nombreuses allées de peupliers ont été plantées pour créer un paravent partout dans la ville. Le nom “les antiques” proviendrait du fait que son climat doux et sec attirait autrefois les personnes âgées désireuses de passer leurs vieux jours au soleil.

Le climat est aussi propice à faire pousser des fruits rouges, particulièrement les fraises et les cerises. Tous les ans, la ville organise d’ailleurs la fête de la cerise. Je suis arrivée trop tard pour y assister mais j’ai pu voir un défilé du rassemblement de motards annuel (je n’ai toujours pas trouvé le rapport).

La ville s’approvisionne en eau sur une rivière qui se jette dans le lac. Mais la question de l’eau devient problématique pour d’autres villages bordant le lac. Il neige de moins en moins chaque année à cause du réchauffement climatique, ce qui provoque une baisse du niveau des rivières et du lac. Il aurait baissé de 20 mètres en 50 ans.

Sur la rive du lac Buenos Aires.


Chez Walter et Paola


Le lieu

J’ai découvert mes hôtes via le site de mise en relation volontaires-hôtes workaway. Sur leur profil, il était question d’aider et de découvrir un jardin en permaculture. En réalité, la culture de fruits et légumes est loin d’être la priorité de mes hôtes. Ils vivent de plusieurs activités. Ils s’occupent d’une immense chacra (ferme) pour son propriétaire où ils récoltent et vendent des fruits (cerises, abricots, poires et pêches entre autres), coupent du bois de chauffage et cultivent quelques fruits et légumes pour leur consommation personnelle. Ils tiennent aussi un agence de location de kayaks, vélos et cannes à pêche et font de petits travaux pour des entreprises locales une fois la saison touristique passée. Ils vivent dans une maison de la chacra dont ils s’occupent et louent la maison qu’ils ont achetée au bord du lac.

Agence de location de kayaks, vélos et matériel de pêche.


Un parcours atypique

J’ai été étonnée d’apprendre que Walter n’était pas un passionné de permaculture. Il a fabriqué une serre, une maison en adobe (terre-paille-argile) pas tout à fait finie et quelques poêles rocket (j’en parle dans cet article), mais tout ça est relativement nouveau pour lui. En réalité, Paola et lui ont exercé toutes sortes d’activités, tant qu’ils ont eu du mal à me les lister : vente en gros de farine, pizzeria, livraison de produits divers, guides touristique à vélo, importation de fruits sec depuis Córdoba… Dès que l’activité commence à baisser, ils démarrent un nouveau projet. Le prochain pour Walter serait d’apprendre à tailler et couper de grands arbres avec un système de harnais et de cordes. Selon eux, savoir rebondir est essentiel dans un pays à l’économie et au système politique tant fluctuant.


Les volontaires

La maison des volontaires se trouve à une dizaine de mètres de celle des hôtes. Elle est rustique mais au moins j’ai pu y dormir dans un vrai lit après des semaines sous la tente. Au quotidien, les volontaires sont plutôt invités à cuisiner de leur côté, en majorité leur propre nourriture. Mais nous nous sommes tous retrouvés pour manger ensemble à quelques occasions. La cuisine se faisait sur un genre de barbecue sommaire en extérieur. Mais il faut allumer un feu dans un autre foyer pour faire chauffer l’eau pour la douche. Pas très pratique, ni très économique en bois. J’y suis restée une dizaine de jours, ce qui m’a permis de me reposer – les vacances ça épuise – et de profiter enfin du soleil. Il fallait payer en partie sa nourriture mais je trouvais que le peu de travail demandé compensait largement. Les jours où j’étais la seule volontaire présente, j’étais aussi invitée à déjeuner avec eux.

Dans le monde étrange des champignons


Une grande découverte de cette mission a donc été la culture de girgolas ou pleurotes en français. Ça se fait dans la pénombre et l’humidité, tout l’inverse du climat local avec ses longues journées d’été. Walter et son associée ont créé deux espaces de culture, avec des bâches noires en guise de murs et un système d’arrosage automatique pour simuler l’ambiance tropicale. Des rivières dévalant des montagnes alentours alimentent le village en eau, ils peuvent donc se permettre – pour le moment – d’utiliser de grandes quantités d’eau. Ils achètent des semences de champignons en laboratoire. Ce sont des sacs contenant le champignon à l’état de moisissure et des graines destinées à nourrir tout ce petit monde.

Récolte de pleurotes.


Les semences sont inoculées dans du bois de peuplier encore vert coupé en tronçons. Dans les plus gros troncs, on creuse un trou d’une dizaine de centimètres de profondeurs. On dépose les spores de champignons et on referme en clouant un couvercle, qui est simplement une fine tranche du même tronc. Sur les branches plus fines, on pratique des saignées verticales. Les morceaux de bois sont ensuite enfermés dans des sacs plastique durant 3 mois avant d’être placés dans les salles de pousse.

Le bois produit durant 2 à 3 ans, à la fin de l’été et en automne. Les champignons cueillis sont vendus frais ou séchés. L’avantage de cultiver dans cette ville est qu’il n’y aurait pas de nuisibles. Dans la mesure où cette activité est toute nouvelle pour eux, la technique est à perfectionner. Mais la production commence déjà à bien donner (je dirais 10-15 kg par semaine pour 10 m² de surface). Et l’intérêt des restaurateurs, commerçants et revendeurs locaux semble grandir pour ces produits.

En dehors des champignons, j’ai aussi découvert les cerises séchées, qui se ramassent sur l’arbre ou sur le sol après la saison.

J’ai aussi ramassé des branches de cerisiers coupées pour les utiliser comme bois de chauffage et pour cuisiner. Chaque été, les cerisiers qui ne donnent plus sont marqués puis abattus l’hiver suivant.

Pendant les jours de repos


Mon 1er jour a été particulier parce que j’ai aidé à organiser – et perdu – une compétition de kayak tout à fait amicale précédée d’un parcours d’obstacles sur la plage. J’ai aussi eu l’opportunité de faire une sortie kayak plus calme, durant un exceptionnel jour sans vent. On a pu s’avancer sur le lac pour admirer les sommets chiliens, argentins et la ville qui s’étend sur des kilomètres. Une vrai oasis verdoyant au milieu de la steppe où.

Le reste du temps, j’ai profité du calme de la ferme, des rives du lac, de la rivière toute proche, des petites balades à faire dans de mini réserves naturelles dans la ville. Il y a aussi une partie d’un vrai Parc National tout proche, le Portal la Ascensión du Parque Patagonia. Il vient tout juste d’ouvrir, créé pour aider à sauvegarder le Maca Tobiano, un oiseau local. J’y ai passé 1,5 jours et j’ai pu y voir une vingtaine de guanacos (lamas sauvages) et un petit armadillo (cousin pacifique du pangolin).

Si vous souhaitez visiter Los Antiguos et faire du volontariat chez Walter, c’est par ici : profil workaway. Vous pouvez aussi demander à n’importe qui en ville, tout le monde le connaît !

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