Première mission au Laos

Immersion dans la vie d’une famille laotienne au Nord du pays.

Du 6 au 21 octobre 2017, j’ai été volontaire pour une agence de tourisme dans la ville de Luang Namtha au Nord du Laos. J’ai trouvé cette mission sur le site workaway.info. Les commentaires positifs laissés par d’anciens volontaires et le type de mission proposée m’ont donné envie de proposer mon aide. C’était l’occasion de me reposer un peu après avoir voyagé un peu plus de deux semaines en Thaïlande. Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre avant d’arriver mais j’espérais pourvoir faire des choses que j’aime niveau travail et participer à un trek dans la jungle. Les deux ont eu lieu. En revanche, j’ai aussi dû apprendre à communiquer avec des gens sans passer par le langage. Et me trouvant dans un lieu isolé, j’ai dû trouver comment faire pour me déplacer et pour m’occuper au quotidien.


 

Des débuts déroutants

 
J’avais prévenu en amont de mon arrivée et Len, mon hôte, m’avait dit de le rejoindre à son agence en centre ville. Mais lorsque j’arrive, le 6 octobre vers 14h, l’agence est en train de fermer. C’est le beau-frère de Len – si j’ai bien compris – qui m’envoie balader, en me faisant comprendre qu’il ne parle pas anglais. Il finit par appeler Len pour moi sur son téléphone. Len me dit que c’est jour de fête alors il ferme tôt, j’ai qu’à passer la nuit en ville et venir le voir le lendemain. Son anglais est assez basique, je lui fait répéter un bon nombre de fois et je suis assez peu confiante sur la suite des événements.

Le lendemain j’arrive à l’agence vers 8h30. Len me dit que son père va me conduire à la maison familiale, où je vais vivre. Le trajet dure 20-30 minutes. On prend la route 3, considérée comme une autoroute. Elle est empruntée par de nombreux camions qui relient la Thaïlande et la Chine. On se dirige vers le parc Nam Ha, puis on tourne sur la droite. La maison familiale, qui est aussi le restaurant Chomdoy, est perchée sur une colline. La terrasse du restaurant offre une vue imprenable sur les montagnes. En arrivant, on me montre ma chambre. Un grand lit, ma propre salle de bain, le luxe. Il y a des femmes de différents âges dehors et des enfants, je leur dit bonjours en laotien et on me répond peu. Je n’ai pas franchement l’impression d’être la bienvenue.
Au bout d’une heure, je vois apparaître deux autres volontaires, des français, Louis et Nikita. Ils me présentent Honh, le frère de Len  – à ce que j’ai bien compris – qui parle anglais. Ils l’aident à combler les trous sur le chemin qui mène jusqu’aux bungalows récemment construits près du restaurant. Ils ont une moto, qu’il leur a été prêtée pour essai pendant 3 jours par un voyageur italien. Ils l’achèteront deux jours plus tard. Ils ne sont pas particulièrement accueillants non plus. Ils me disent qu’il y a toujours une assiette pour eux à chaque repas mais qu’il ne faut pas hésiter à se faire à manger seul et à se servir librement dans la cuisine. Ils partent du principe que si on ne leur fait pas de reproche, le comportement ne dérange pas. Je n’en suis pas convaincue, je fais le tri dans leurs conseils.

 

Mon hôte

 
J’ai peu eu l’occasion de discuter avec mon hôte au départ. On me dit qu’il est très occupé, qu’il travaille beaucoup, mais chaque fois que je le vois à l’agence, il est en train de jouer avec ses amis. Je ne sais pas de quel jeu il s’agit d’ailleurs, on déplace des capsules de bières sur un damier. Len a 31 ans, sa femme 30 et ils ont deux filles de 1 et 2 ou 3 ans. Il a ouvert il y a quelques années une agence qui propose des treks (randonnées), toutes sortes d’excursions, vend des billets de bus et d’avion. Il accueille des volontaires depuis un an seulement, mais la listes des nationalités qu’il a reçu n’en finit pas. Rien qu’en restant deux semaines, j’ai vu six autres volontaires. Il vient de finir de fabriquer des bungalows destinés à loger des touristes, juste à côté du restaurant familial. Les volontaires venus avant moi ont bien contribué à leur construction.
Chaque hôte est différent. Len est assez distant au début et ne parle que travail, mais on finit par créer un climat de confiance et par bien s’entendre au bout de quelques jours. J’ai vu d’autres volontaires partir au bout de 2 ou 3 jours, ils se sont sentis mal accueillis et n’ont pas eu autant de patience que moi, ce que je comprends.

Len et sa famille, le jour de l’anniversaire de sa fille

 

Luang Namtha

 
La ville de Luang Namtha est située près du parc naturel Nam Ha, qui attire beaucoup de touristes amateurs de randonnée ces dernières années. On y trouve de nombreuses hôtels et auberges mais il me paraît évident que tout le monde n’est pas encore habitué à voir des touristes. Je le vois aux réactions des gens dans la rue, toujours surpris/contents de voir un étranger. Il y a deux centres-ville. Le plus petit a été détruit pendant la guerre du Vietnam. Celui qui a été reconstruit un peu plus loin n’a certainement pas dû retrouver le charme du premier. Il y a quelques maisons de style colonial par-ci par-là, toujours très colorées. Il y a des restaurants et bien sûr des cafés. On trouve aussi des bâtiments d’administrations publiques dans la ville, qui est le chef-lieu de la province de Luang Namtha. On peut souvent voir le nom de ces bâtiments écrit en français plus ou moins juste, vestiges de la colonisation.

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Visite de la ville de Luang Namtha

 

Je prends mes marques

 

Mission photo

Quelques jours après mon arrivée, un dimanche matin, Len me demande d’aller prendre des photos dans son village natal. La prochaine excursion passera par le village et l’argument « visite de tribus ethniques » a l’air de bien fonctionner. Honh m’y accompagne en moto. Je passe donc un petit moment à prendre des photos, même si je suis assez mal à l’aise avec ce genre d’exercice. Ici tout le monde vit dehors, on travaille, cuisine, se douche dehors, dans la rue. Même si je ne rentre pas chez les gens, venir prendre des photos a donc quelque chose d’intrusif. Je finis par jouer avec des enfants puis je retrouve Honh vers 11h. Il m’amène dans une maison où l’heure de l’apéro a commencé il y a un moment à en juger par les bouteilles vides autour de la table. Plusieurs hommes, dont le « chef du village » boivent des bières et ce qu’ils appellent du whisky (alcool de maïs et riz). L’aménagement est sommaire, il y a un coin cuisine, un tapis dans un autre coin – peut être la chambre – et on se tasse autour d’une petite table en métal recouverte d’une feuille de bananier. Honh fait la traduction et on passe un bon moment à discuter, boire et manger. Je fume encore des cigarettes roulées de France, ça attise leur curiosité alors je leur en offre quelques-unes. De temps en temps une femme rentre pour cuisiner. Je demande à Honh si l’apéro du dimanche est une tradition, il me dit que oui. Je lui demande pourquoi les hommes boivent et ne font rien pendant que les femmes s’activent à cuisiner, coudre, etc. Il ne comprend pas bien le sens de ma question et me dit qu’ils font une exception pour moi, j’ai droit de boire des coups avec les hommes parce que je suis avec lui. On s’en va lorsque l’alcool est épuisé. Je passe une bonne partie de l’après-midi à faire la sieste. Après ça, Honh a l’air plus détendu avec moi. Je me suis faite mon premier ami laotien.

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Dans le village local

 

Tâches du quotidien

Au niveau des tâches qui me sont demandées, il y a donc les photos. Je prends le temps de les retoucher avant de les donner à Len, je programme aussi des publications sur la page facebook de l’agence. La plus grosse part du travail est la mise à jour du site internet Ethnic Travel.
Le site est traduit en quatre langues et propose déjà une dizaines d’excursions différentes. Len veut en rajouter cinq autres. Je ne pense pas qu’une plus grande offre attire davantage de clients, chaque voyageur ne venant certainement qu’une fois dans sa vie. Je corrige les textes fournis en anglais, décrivant en détail chaque étape des différents séjours. Je traduis en français et espagnol, une volontaire de passage traduit en allemand. Puis je mets tout en ligne. Je n’avais jamais travaillé sur un site en plusieurs langues sur wordpress et je m’amuse à le faire.
J’ai eu droit à une seconde grande mission photo. J’ai accompagné le père de Len et de membres de l’agence qui repéraient un nouveau circuit de randonnée. J’en ai parlé plus largement dans cet article.

 

Conditions de vie

 
J’ai la chance de profiter d’une grande chambre et d’une salle de bain privées. La salle de bain n’est pas « occidentalisée » comme celles qu’on peut trouver dans certains hôtels. Disons qu’il s’agit d’une sorte de douche à l’italienne. Dans une même pièce il a des toilettes et un robinet sous lequel est placé un grand seau. Une petite bassine dans le seau sert à tirer la chasse et à se doucher. Certes le confort est basique, comme s’en plaignaient certains volontaires. Mais tous les membres de la famille chez qui je vis se partagent une salle de bain identique.
J’ai des difficultés à dormir les premières nuits et j’évite d’allumer la lumière de peur d’attirer les insectes. Mais ils ne se gênent pas pour rentrer quand même, les espaces entres les murs et le toit, ou simplement de grandes aérations sans moustiquaires, leur permettant de passer aisément. Je ne sais en revanche toujours pas comment des grenouilles ont réussi à rentrer dans la salle de bain pour prendre un bain dans les toilettes.

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A Chomdoy on se lève tôt. Ça commence à s’activer à 5h. Ils cuisinent, nourrissent les cochons, font du ménage. Ils parlent fort, très fort, les enfants crient, les coqs chantent. Je me lève à 7h tous les jours, plus tôt que lorsque je travaillais ! Il faut dire que comme le soleil se couche à 18h, on se couche assez tôt aussi.

Les repas sont tous excellents. La base du repas c’est le riz à la vapeur qu’on mange dans un bol, ou collant qu’on mange avec les doigts. On dispose les plats sur la table et chacun se sert avec des baguettes et une cuillère. Il y a souvent des soupes, de différents sortes de feuilles et légumes où flottent quelques morceaux de viande. On mange beaucoup de bambou, souvent revenu à la poêle avec de l’ail ou du gingembre. C’est la grand-mère qui va chercher le bambou dans la forêt le découpe et le fait bouillir pendant longtemps. On met aussi des mélanges de condiments épicés dans de petits bols sur la table.
J’essaye d’aider à cuisiner les premiers temps mais on me dit que ce n’est pas nécessaire, alors je fais la vaisselle.

Bambou

 

Les à côtés de la mission

 
La ville, Luang Namtha, se trouve à 12km de mon lieu de résidence. Lorsque j’arrive, les deux français qui sont aussi volontaires m’alarment un peu en me disant qu’il me faut impérativement un moyen de locomotion. Il est impossible de faire quoique ce soit sans avoir un scooter ou une moto. D’ailleurs cet après-midi là ils partent visiter une cascade, sans moi donc.
Quelques jours après, je me décide à louer un scooter, on m’a parlé de 5€ par jour, je trouve que c’est un peu élevé (on peu dormir de 2 à 3€ et manger pour 1€). Mais je demande quand même à Len de m’amener avec lui lorsqu’il part en ville en voiture un après-midi. Arrivée sur place, je me rends compte que la seule offre de location est à 8€ par jour. Ça ne vaut pas le coup d’être nourrie et logée si je dois dépenser une somme supérieure à une nuit et 3 repas chaque jour juste pour me déplacer! J’y réfléchis un peu puis je décide de continuer à tout faire à pieds. Je n’ose pas demander à Len de me ramener, les français m’ayant dit qu’il se préoccupait peu du sort des volontaires. Je rentre donc en tuktuk et je finis en stop. Quand j’arrive à Chomdoy, on me demande où j’étais et comment je suis rentrée. On s’est inquiété pour moi apparemment.

Je parviendrai régulièrement à aller en ville par la suite, principalement en faisant du stop avec le ou les volontaires du moment jusqu’à la station de bus située à 4 km, puis en tuktuk. Le reste du temps, j’explore les alentours de la maison. Il y a des rizières, des plantations d’arbres à caoutchouc, des fermes et la montagne. Je n’ose pas m’aventurer dans les champs au départ, je finis par le faire mais on se perd facilement dans les labyrinthes des rizières.

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Je connais un seul chemin de randonnée, en prenant la route 3 vers le nord, il suffit de tourner à droite en face d’une maison jaune. Un panneau indique un village en laotien. Il faut ensuite suivre le chemin, franchir le pont en bois, continuer tout droit entre les maisons, la randonnée commence ici. En marchant une demi-heure on a un très beau point de vue. Mais attention à arriver avec des chaussures adaptées car ça glisse pendant la saison des pluies. Attention aussi à ne pas se perdre. Le mieux est toujours de revenir en arrière plutôt que chercher un nouveau chemin.
 

Les relations humaines

 
Au début, je suis très perturbée par le fait de devoir vivre avec des gens qui ne parlent pas la même langue que moi. Je rêverais d’apprendre le laotien, mais je pense que quelques semaines sont loin de suffire. Surtout qu’il faut assimiler un nouvel alphabet. J’apprends donc petit à petit à communiquer différemment, une bonne occasion de rentabiliser trois ans d’étude des sciences du langage.
Je m’entends bien avec les enfants. La plus petite a 1 an, elle court déjà partout et mange avec nous à table. La plus âgée a 2 ou 3 ans. Elle est passionnée par les sacs à main, je la laisse jouer avec le mien de temps en temps. Et on dessine ensemble sur mes carnets.

Les clients du restaurant, souvent des amis de la famille, m’invitent quasi systématiquement à me joindre à eux. Ça en est même difficile de refuser. Même si on ne peut que peu ou pas communiquer, ils ont envie de boire des coups avec moi, je trouve que c’est une belle preuve d’ouverture d’esprit et de générosité tout simplement. J’imagine que dans le sens inverse, des français auraient sûrement peur d’être embarrassés à l’idée de ne pas pouvoir parler.
Le seul vrai souci, c’est de réussir à tenir le rythme. Boire est une sorte de sport ici. On remplit mon verre sans arrêt, on insiste pour faire des cul-secs. Le seul moyen d’arrêter de boire, c’est de quitter la table. Et au bout d’un moment on allume la machine à karaoké.

Lorsque je me balade dans les environs de Chomdoy, ou même en ville, beaucoup de gens me disent bonjour en laotien ou en anglais. Que je sois seule ou avec d’autres volontaires. Ceux qui cherchent à pratiquer leur anglais viennent spontanément me/nous parler dans la rue et proposent leur aide si besoin. Même si les conversations sont basiques, c’est agréable. J’apprécie l’effort qu’ils font et l’intention bienveillante qu’il y a derrière.

Pendant mon séjour, on fête l’anniversaire des 1 an de la fille de Len. Ils organisent un grand repas, avec beaucoup de bières bien sûr. On commence par le gâteau, puis on se met à table. Je suis invitée à la table de ceux qui boivent et je passe un très bon moment même si j’aurais aimé qu’on remplisse mon verre moins souvent. Et je trouve qu’on en apprend toujours beaucoup sur une culture à travers la manière dont les gens font la fête.

Quelque chose qui me gêne en revanche, c’est ma méconnaissance des conventions sociales. J’ai peur de vexer, de mal faire. Eux crachent par terre quand on est à table, même au restaurant, rotent, ne mettent par forcément les formes pour commander quelque chose. Mais malgré tout j’imagine que certaines choses qui me paraissant normales peuvent être perçues comme déplacées. Alors j’observe.

 

Bilan

 
J’ai parfois pu me sentir isolée, mais la solitude ne me fait pas peur, sinon je ne voyagerais pas seule. En revanche j’ai adoré les rencontres, la simplicité des gens, leur bonne humeur. J’ai aussi aimé les missions qui m’étaient demandées, la communication commençait à me manquer. Mon impression est mitigée sur la manière dont j’ai été reçue par mon hôte, mais l’expérience en elle-même a été forte. Et c’était une première en Asie.

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