Jardinage en bord de mer au Chili

Peu après être arrivée en Amérique du Sud pour un second périple de plusieurs mois, je démarrais une première mission de volontariat en compagnie de mes acolytes d’aventures Gabriel l’humain et de Charly le chien. Nous avons passé 3 semaines dans ce joli coin en bord de mer en Patagonie chilienne. On était logés et très bien nourris en échange de notre aide dans le jardin principalement. On y a découvert des astuces de réutilisation spéciales ressources naturelles de bord de mer et saloperies échouées provenant des élevages de saumons.

 

Nous avions contacté notre hôte, Mario, bien avant de partir en voyage. Sur le site workaway.info, son projet paraissait réunir tout ce qui nous intéresse : un jardin en permaculture comprenant des plantes médicinales, une maison en cours d’éco-construction et un voilier à entretenir. Il acceptait aussi les chiens. Ça nous a semblé un lieu parfait pour passer les fêtes de fin d’années sous le soleil, enfin entre deux averses.

 

Le premier jour

 

Nous avons été accueillis par trois volontaires, Vinicius, un volontaire chilien long-terme qui partait le lendemain, ainsi que Yolande et Andrew, un couple d’anglais, 57 et 65 ans je crois me souvenir. On a vite sympathisé avec eux. Ils vivent près du pays de Galles et dédient beaucoup de leur temps à leur jardin en permaculture, qui est aussi leur principale source d’alimentation. Ils sont impliqués dans divers projets environnementaux et sociaux locaux. Ils possèdent leur terrain depuis une quinzaine d’années et consacrent quelques semaines d’hiver à un voyage chaque année. Ne souhaitant plus prendre l’avion, leurs prochains voyages se passeront dans des lieux accessibles depuis l’Europe par train, bus, stop, bateau. Vous pouvez visiter leur site A taste of self sufficiency pour apprendre plein de choses intéressantes sur la permaculture et pratiquer votre anglais.

Pour revenir à notre mission de Huelmo, Mario, notre hôte, a laissé le champ libre à Yolande et Andrew pour s’occuper de son jardin après avoir expliqué ce qu’il y avait à faire dans les grandes lignes. Nous avons donc travaillé avec eux au quotidien, une rencontre très enrichissante !

 

Le lieu

 

Un cadre de rêve

Mario, notre hôte s’est installé sur dans une petite maison au bord de la plage de Huelmo, à 30 minutes de la ville de Puerto Montt, dans la région des lacs. La partie jardin surplombe la mer, elle est composée d’une quinzaine de petits massifs cultivés. Ils sont bordés de pierres ou de bouteilles en verre qui accumulent la chaleur du soleil la journée et réchauffent la terre la nuit.
Juste à côté se trouve une maison type “earth ship” en cours de construction.

La maison dans laquelle nous vivions tous est une maison en bois, typique du pays. Elle dispose de panneaux solaires pour l’électricité. Le ballon d’eau chaude fixé au dessus du poêle à bois oblige à faire du feu pour se doucher à l’eau chaud. Ce qui n’arrivait donc pas tous les jours.

 

Des astuces pour valoriser les ressources / déchets

Afin de suivre un principe de la permaculture selon lequel il est bon de privilégier les ressources qui se trouvent sur place, Mario a développé plein d’astuces “récup”. Ses ressources proviennent de la mer : algues, coquilles, eau de mer. Et également des pollueurs des mers. Le Chili, second producteur mondial de saumon, compte de nombreux élevages en pleine mer, qui polluent à coup d’antibiotioques et perturbent l’écosystème. Une grande “salmonera” se situe en face de chez Mario. Mario a récupéré au fil des années toutes sortes de matériaux échoués. Avec des filets de pêche, il a fait des clôtures et des filets pour protéger les arbres des oiseaux. Les bouées coupées en deux servent de récipients. Et – ça m’a beaucoup plu – il a conçu une bétonnière manuelle avec une bouée ! Des tuyaux récupérés je ne sais où servent aussi de structure pour un serre.

Côté maison en construction, la base des murs est faite de sacs remplis de pierres et d’autres remplis de terre, fixés ensemble avec du barbelé. Le tout est recouvert de couches d’un mélange de ciment, sable, coquilles de moules broyées, chaux, eau douce et eau de mer.

 

Les activités

 

  • On a commencé par réparer les brouettes, les deux disponibles étant inutilisables. On a profité de disposer d’une voiture pour aller acheter le matériel nécessaire. La brouette fait quand même partie des outils de bases dans un jardin.
  • Nourrir les animaux : poules, canards et canetons tout juste sortis de l’oeuf, chats, chiens.
  • Désherber
  • Transplanter des plants.
  • Faire des semis
  • Récolter des graines de choux : couper des branches, les attacher par paquets et les suspendre dans un lieu bien aéré pour qu’elle sèchent, puis extraire les graines.
  • Eclaircir les pieds d’amarantes et quinoas semés serrés.
  • Faire du mulch, (une couche végétale sèche qui se pose sur la terre, empêche les mauvaises herbes de tout envahir et conserve l’humidité). On allait en récupérer sur la plage. La mer envahit les plantes de bord de mer durant les grandes marées, les arrache, les coupe en petits morceaux, puis les dépose en petits tas à la surface. On n’avait qu’à se servir. Une fois rapportées dans le jardin, on laissait macérer les plantes 24h minimum dans une “soupe”, une mixture onctueuse de fumier de cheval et crotte de poules, alimentée par l’eau de pluie. Il fallait penser à bien remuer la soupe de temps en temps pour que les meilleurs morceaux ne restent pas au fond.
  • Récupérer du fumier de cochon et du Ponpon comme on dit au Chili (sphaigne de Chiloé) chez les voisins. L’occasion de faire des rencontres. On mélangeait ensuite fumier de cochon, ponpon et fumier de cheval afin d’obtenir un très bon engrais, aéré, qui retient l’humidité et favorise le développement des jeunes pousses.
  • Récolter des framboises (en essayant de ne pas tout manger au passage).
  • Ramasser des feuilles de salades, de choux et blettes à faire en salade et de la menthe, de la sauge et de la verveine pour la tisane.
  • Réapprovisionner les allées entre les massifs de plantes, en y ajoutant des coquilles de moules. Cela permet d’éviter que des plantes n’aient l’idée de pousser à cet endroit, d’empêcher l’accès des escargots et limaces. Ça permet de passer plus facilement avec la brouette. Et franchement, c’était joli et agréablement croustillant sous la chaussure.
  • Réaménager la forêt comestible un peu envahie par les herbes. Après avoir raccourci les herbes aux alentours des arbres fruitiers, on a planté des géraniums et des tomates pour leur tenir compagnie, puis définies des allées en désherbant puis en étallant des coquilles de moules.
  • Attacher les 150 pieds de tomates de la serre à des ficelles (oui, ça fait beaucoup).
  • Arroser sous les serres, le reste du jardin s’en sortait bien, il pleut – très – régulièrement dans cette région.
  • Atelier fabrication d’un bio-engrais à base d’algues, de chaux (pour réguler le PH paraît-il) et attention les narines, de poisson séché. Le tout à laisser fermenter.
  • Aider à entretenir le voilier de notre hôte.
  • Le dernier jour, nous avons aussi avancé sur le construction de la maison éco-conçue.

 

 

Durant le temps libre

 

On avait peu de temps libre durant la journée pour aller explorer les environs. On démarrait le boulot assez tard, on passait pas mal de temps à cuisiner et manger tous ensemble et à faire des pauses pour boire le thé. Mais le cadre était parfait pour faire de belles balades le week-end. On a passé deux nuits dans une cabane dans un arbre sur la minuscule île de Helvecia près de Calbuco, un autre week-end à Petrohue avec ses lacs et sa vue imprenable sur le volcan Osorno.

C’est à Huelmo qu’on a passé Noël et le nouvel an. Avec la mémorable pizza d’1m² pour le réveillon de noël. J’ai fait de belles découvertes culinaires comme les makis vegan (algue, riz, avocat, coeurs de palmier). Ou encore l’idée de mettre de l’avocat et des oignons doux marinés dans une sauce au curcuma sur les pizzas. De moins belles découvertes comme le cochayuyo, l’algue fétiche des chiliens, au goût assez particulier s’il est acheté séché. De mon côté j’ai fait des tartes aux fruits des bois, les français ont toute de même une réputation culinaire à maintenir.

 

 

Ce que j’en ai pensé

 

Au niveau des aspects un peu mitigés, j’ai regretté de manquer de temps libre durant la journée pour me retrouver un peu au calme. J’appréciais la compagnie de mes colocs mais je me sentais un peu à l’étroit. La maison n’est pas très grande, pleine de chats – que j’adore pourtant – et les chiens enfermés dans un petit enclos collé à la maison avaient tendance à beaucoup aboyer, y compris la nuit. Ça s’est arrangé quand on a commencé à promener les chiens plusieurs fois par jour et à tisser des relations avec eux.
Niveau apprentissage de techniques de jardinage, je n’ai pas trop compris la stratégie globale, les dates de plantation, les choix d’associations de plantes et de création de massifs en monoculture. Mais j’ai beaucoup appris de la part de mes co-volontaires anglais de ce côté-là. Ils avaient leur propre vision des choses.

Du côté positif, on était libre de faire un peu ce qu’on voulait dans le jardin et c’était aussi enrichissant. J’ai découvert pas mal d’idées de réutilisation de « produits de la mer ».

On profitait d’un cadre magnifique, de repas excellents et de très bons moments passés ensemble avec notre hôte, Mario et ses amis et famille de passage. Mario, qui a l’air d’avoir beaucoup parcouru son pays par la terre et la mer, nous a donné d’excellents conseils de voyage. Il nous a aussi fait découvrir le restaurant le plus secret et adorable de l’île de Calbuco, avec vue sur le port. C’est à l’intérieur du marché aux poissons, en face du supermarché O’Higgins, mais c’est un secret hein.

 

Vue depuis le restaurant de Calbuco

 

Pour contacter Mario : profil workaway

Laisser un commentaire